Aux talents bien nés...
... La valeur n'attend point le nombre des années. Cette citation retouchée de Corneille, Raymond Domenech n'a pas hésité à la faire sienne en appelant Abou Diaby et Lassana Diarra, deux jeunes joueurs aux parcours étonnamment similaires.
Par Cédric Callier
En l'absence de Patrick Vieira, blessé, d'Alou Diarra, jugé encore un peu juste après son retour et en manque de temps de jeu à Lyon, et plus généralement d'une véritable hiérarchie dans ce secteur de jeu, on pouvait s'attendre à des surprises au milieu de terrain dans la sélection de Raymond Domenech. Plusieurs noms circulaient ainsi dans les couloirs du nouveau siège de la fédération : l'Auxerrois Benoit Cheyrou, le Gunner d'Arsenal Mathieu Flamini, voire, dans un registre moins défensif, le Lillois Mathieu Bodmer, revenaient ainsi avec insistance, chacun ayant ses partisans et ses détracteurs. En revanche, ceux de Lassana Diarra et Abou Diaby ne se faisaient guère entendre et pourtant, ce sont bien eux que le sélectionneur a décidé d'appeler pour la rencontre importantissime en Lituanie, comptant pour les éliminatoires de l'Euro 2008, et celle, plus anecdotique, en amical contre l'Autriche. Deux surprises à rajouter à la liste, déjà longue, d'un sélectionneur qui n'aime rien tant que de prendre à revers les pronostics. Maintenant, une fois l'étonnement passé, reste à juger du bien fondé de ces sélections, qui concernent deux jeunes joueurs au parcours étrangement parallèle.
Un pari risqué
En effet, tous deux ont effectué leurs premières classes dans l'Hexagone avant de très rapidement prendre la poudre d'escampette pour voir de l'autre côté de la Manche si l'herbe était plus verte. Et surtout, persifleront les mauvaises langues, voir aussi si les contrats ne comportent pas davantage de zéro. Ce choix, Diaby et Diarra ne sont pas les premiers à le faire, certains s'en mordant encore plus ou moins les doigts (Le Tallec, Sinama-Pongolle...) tandis que d'autres auront mis le temps avant de s'imposer (Frey en Italie). Toujours est-il que toutes considérations financières écartées, il apparaît difficile, pour deux joueurs âgés de moins de 20 ans, de refuser des offres émanant de clubs tels que Chelsea et Arsenal. Ainsi, Lassana Diarra, après seulement 29 matches disputés en Ligue 2 sous les couleurs havraises, s'est-il laissé tenter par l'aventure des Blues à l'issue de la saison 2005, malgré la perspective de faire banquette de longs mois derrière toutes les stars du club londonien. Un destin qui, inévitablement, se matérialisait dans la réalité par une première année quasi blanche, avec pour maigre bilan trois matches de Premier League disputés et deux de Ligue des Champions. Pour se consoler, le Parisien pouvait néanmoins fêter dignement «son» titre officiel de champion d'Angleterre. Abou Diaby, lui, aura vécu un parcours encore plus fulgurant puisque c'est seulement au bout de dix matches de Ligue 1 joués sous le maillot auxerrois qu'il se voit proposer de rejoindre Londres et ce qui était encore à l'époque Highbury.
La cheville brisée de Diaby
Profitant du mercato 2006 pour s'échapper de la Bourgogne, où il sentait qu'il commençait à plafonner après un séjour prolongé sur le banc et un début de saison sans relief, Diaby posait donc ses valises dans la capitale anglaise. 12 rencontres ou bouts de rencontres plus tard, le Parisien (lui aussi) avait fait la démonstration de son talent et semblait en mesure de se faire sa place dans la rotation des Gunners. Jusqu'au samedi 29 avril 2006, lorsque Dan Smith, obscur défenseur de Sunderland, exécutait un tacle dans la digne tradition britannique qui laissait le Français la cheville brisée. Durée de l'indisponibilité : 9 mois. Et a priori tout à recommencer pour le jeune Tricolore... Dans un curieux paradoxe, c'est aussi une histoire de blessures qui allait lancer la carrière de Diarra à Chelsea au début de cette année. Victimes d'une hécatombe en défense, les Blues devaient ainsi faire appel à leur petit Frenchy soit au milieu de terrain, en lieu et place d'un Michaël Essien redescendant en défense centrale, soit au poste de latéral. Une polyvalence qui très vite élevait l'ancien Havrais au rang de chouchou de Stamford Bridge, l'exigeant Mourinho le déclarant même intransférable alors que le joueur avait émis l'hypothèse de récupérer du temps de jeu ailleurs.
Surprise surprise...
Pour Diaby, c'est la Carling Cup qui allait jouer un rôle décisif dans son émergence de début d'année. Et notamment la finale, perdue, contre Chelsea après laquelle Arsène Wenger déclarait : «On a redécouvert Diaby après sa grave blessure. Il a un talent énorme et peut devenir un joueur énorme.» Un jugement, valable aussi pour Diarra que certains n'hésitent pas déjà à comparer à Claude Makelele de par son volume de jeu et son gabarit (1,73 m et 67 kg), que personne ne contestera. Seulement, entre Diaby qui n'a que trois matches dans les jambes depuis son retour et Diarra qui n'en détient que le double, la question se pose de la pertinence de faire appel à eux si tôt. Même le premier reconnaissait que c'était «de la folie, une énorme surprise. Je ne m'y attendais vraiment pas. J'ai été blessé pendant de longs mois et je n'ai repris qu'il y a peu de temps. Cela arrive très tôt. C'est une immense joie. J'en avais parlé un peu avant avec Thierry (NDLR : Henry). Mais pour moi, la sélection nationale n'était pas accessible pour l'instant.» Le son de cloche n'était guère différent chez le joueur de Chelsea, qui a appris la nouvelle par Makelele : «Avec Mourinho, ils m'ont un peu chambré car je n'y croyais pas (...) Je joue beaucoup plus à Chelsea ces derniers temps et tout s'enchaîne pour moi. Le football va très vite.» Reste à savoir s'il ne va pas trop vite...
Source : Sport24.com